A qui profite le crime?

Quand une galerie d’art [WA] et une association caritative [E] se rencontrent, elles peuvent avoir cette conversation :

[E] : Bonjour, je cherche de l’argent. Pourrais-tu m’aider?

[WA ] : Bonjour. Oui, je vais t’en donner. Tu prends les chèques?

Et l’histoire s’arrête là. L’association [E] repart avec son argent, la galerie [AW] dort avec la satisfaction d’avoir fait une bonne action, et en plus, elle va pouvoir défiscaliser.

Mais la galerie peut aussi répondre : [WA] : Moi, je cherche à avoir une bonne image. Comment pourrait-on faire?

[E] : Dans ce cas, tu me donnes de l’argent et tu le fais savoir. Par exemple, tu publies un communiqué de presse, tu mets une affiche dans ta galerie.

[WA] : Ce serait une idée. Mais je voudrais aussi  motiver les artistes avec un travail valorisant.

[E] : Tu me les envoies, on recherche des bénévoles.

[WA] : Pourquoi pas. Je vais leur en parler. Mais ça m’intéresserait aussi de pouvoir capter de nouveaux clients. T’as pas une idée?

Et c’est ainsi que les galeries Wallworks et  Artcurial  montent une opération avec l’association Emmaüs  : il est proposé une vente d’œuvres créées spécialement pour Emmaüs. Les artistes ont réalisé des œuvres sur un support standard (toile carrée d’un mètre de coté) qui seront vendues aux enchères. La mise à prix est à 500 Euros par œuvre, quel que soit l’artiste. L’ensemble des fruits de la vente est reversé à Emmaüs.

La vente a lieu le 20 mai à la grande halle de La Villette. L’exposition des œuvres est organisée depuis le 4 mai  et a été largement relayée dans les média.

C’est apparemment une belle opportunité d’acquérir une œuvre. Aucun frais n’est perçu sur les enchères. Mais la question est : à qui profite le coup de projecteur de cette opération? A l’un des 83 artistes noyés dans la masse? A Emmaüs qui va récupérer l’argent de la vente? Ou bien aux galeries qui se font connaître d’une manière positive?

Vous l’aurez compris, je suis franchement septique sur la part de l’action caritative des galeries, des acheteurs et des artistes.

L’entretien est purement fictionnel puisque la conversation a plutôt lieu entre les galeries et la Cité de la Villette, organisateur de l’évènement autour du street art. Le choix de l’association est effectué a posteriori. C’est la raison pour laquelle l’association Emmaüs, dans le catalogue de la vente remercie d’avoir été choisie.

Cet article, à charge, est volontairement provocateur. Juste parce que le principe du gagnant/gagnant est parfois un principe sur la base du « je gagne beaucoup »/ »tu gagnes un peu », n’en soyons pas dupe.

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