Achetez de l’art… aux artistes

Parlons de la campagne de communication « achetez de l’art ». Je risque de me répéter, mais je ne peux m’empêcher de me poser la question « à qui profite le crime? ».

Une campagne pour pousser à consommer de l’art, c’est la même chose que les publicités qui vous incitent à boire du lait pour votre santé. Ceux qui vous le disent n’ont rien à gagner à ce que vous soyez en bonne santé, ils souhaitent en premier lieu que vous achetiez leurs produits. Car la campagne des produits des laitiers est financée par le lobby de l’industrie du lait et non pas par le ministère de la santé ou un organisme indépendant.

Quittons les vaches pour revenir à nos moutons. Quelle est cette campagne ?

Tout d’abord,  avant de commencer notre démonstration, définissons le sujet.

« Achetez de l’art », qu’est-ce donc?

Pour le savoir : direction les conditions générales de ventes (CGV) du site. Je copie ici l’identification du vendeur. Pas de doute, il s’agit bien d’un site de vente.

Le site achetezdelart.com est publié par la société Guillaume Horen SARL, société à responsabilité limitée immatriculée à Paris sous le n° 511 476 830 (TVA FR 15511476830) et dont le siège social est situé à Paris (75013) au 44 boulevard Arago.

Le site achetezdelart.com est hébergé chez OVH (2 rue Kellermann – 59100 Roubaix – France). Directeur de la publication du site : Guillaume Horen. Déclaration CNIL n°1789108.

« Achetez de l’Art » est une marque déposée à l’INPI par la société Guillaume Horen SARL.

Ce site se présente comme un site de communication, un label, un conseil. En réalité, il s’agit d’un site commercial. Déjà, je suis gênée par le discours ambigu.

Que veut-on nous vendre?

Direction l’onglet « boutique », pour savoir ce que propose le site : des articles aux couleurs de la campagne. Aucun produit ne dépasse les 15 Euros.

Je suis perplexe, et je peine à croire qu’on puisse faire un site fourni et soigné, avoir son logo sur des sites de renom pour diffuser la bonne parole et vendre des autocollants. En même temps, j’avais bien remarqué que certaines informations n’étaient pas à jour (la rubrique « œuvres » propose des événements de mars dernier, au futur).

Il ne faut pas chercher très loin pour voir une offre adressée à des « partenaires », vocabulaire à nouveau équivoque qui permet de flouer le visiteur non attentif. Le droit d’entrée pour faire partie des « partenaires » est annoncé à 100 Euros, mais on trouve cependant une offre à 75 Euros qui vous permet de figurer dans le guide en ligne.

Les « partenaires » nous sont présentés dans la catégorie « soutiens ». Ils nous sont organisés en trois catégories : les artistes (6 profils présentés), les galeries (21 profils présentés) et les « 1ers sites » (31 liens) dont des artistes, des galeries et divers profils.

Cette campagne sert donc les sites de vente de l’art, les e-galeries.

Je passe du temps sur les sites des galeries car elles me permettent de voir beaucoup d’artistes en peu de temps. Par contre, elles ont l’inconvénient de mettre au même niveau des œuvres qui ne le sont pas. Le contact avec l’objet de l’art est important, la valorisation de l’artiste également.

Le manifeste du site

Les artistes ne sont pas les premiers bénéficiaires de cette campagne. La campagne vise peut-être à démocratiser l’art, montrer que l’art peut se vendre à tous les prix : pour vous en vendre, à vous tous.

Le manifeste du site est d’ailleurs clair. Les artistes sont tout juste évoqués.

Je reprends ici le manifeste in extenso :

  • Faire évoluer la perception qu’en a le grand public, dont la jeune génération, qui doit comprendre que ce marché lui est accessible, qu’acheter de l’art (toutes spécialités), dans un atelier d’artiste, en galerie, aux enchères, lors d’un salon ou sur Internet, est captivant voire addictif, permet de se faire plaisir… et de réaliser de bonnes affaires ;
  • Encourager l’esprit de collectionneur, car les grandes collections ont bien commencé un jour, et parce que la multiplication des collectionneurs favorisera notamment le soutien à davantage d’artistes, moins visibles ;
  • Replacer le marché de l’art français dans une dynamique internationale ;
  • Et aider les professionnels du marché de l’art dont les galeries d’art à prendre la mesure de la révolution numérique en les accompagnant sur le web et les réseaux sociaux.

C’est dommage, car je pense que l’Art apporte du soleil et de la poésie dans la vie. Le contact avec les artistes, surtout quand on parle de démocratisation de l’art, est possible. Le commerce vient en second lieu, car les artistes doivent se faire rémunérer pour le travail qu’ils fournissent.

Ce que je ressens au global avec l’opération « achetez de l’art », c’est une incitation à une industrialisation de l’art et à la spéculation. Or, le marché de l’art se porte très bien (voir les rapports sur artprice). Cela ne doit pas nous faire occulter les difficultés des artistes à percer alors que les « majors » (artistes, galeries, organisateur d’enchères) raflent la grosse part du gâteau.

Et justement le site ne permet pas de mettre en valeur les artistes plus modestes, les « vrais » artistes émergents.

Avertissement

Le logo est vraiment proche des campagnes d’avertissement anti-tabac. Y’aurait-il un message codé? Tout cela ne serait que du second degré, une œuvre artistique 2.0. Si tel est le cas, c’est vraiment réussi, je me suis fait prendre au piège.fumer tue

Le cadeau bonux ou droit de réponse ?

Inutile de vous dire qu’avec cet article, je n’espère pas recevoir les autocollants gratuits, je ne respecte pas le contrat d’ailleurs puisque le logo n’est pas mis selon les modalités exigées. Si vous m’avez lue, Monsieur Horen, je serai ravie d’échanger avec vous et je vous propose une tribune sur ce blog, en droit de réponse.

Elize

Je peins avec mes états-d'âme et mes pinceaux.
Mes œuvres dévoilent mes engagements et mes utopies : celui d'un monde où la beauté n'est pas normée ni immobile.

Pour prolonger la lecture

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