5 autorisations de toucher de l’art

Quand on visite un musée, ou une exposition, la consigne impérative, répétée par les affiches et éventuellement les gardiens si tu te rapproches trop, c’est de ‘NE PAS TOUCHER’. Cela peut être compléter par la longue liste des ‘ne pas’.

Ce n’est pas très marrant, mais il faut faire avec. La principale raison de cette interdiction est la conservation des œuvres. Les musées ont, en effet, parmi les missions qui leur sont confiées, une obligation de préservation de l’intégrité de l’art pour le transmettre aux générations futures.

Je propose de voir 5 façons de dépasser cet interdit.  

1 – Devenir aveugle

Les aveugles ne sont pas la première cible des musées ou du street art. Pourtant il existe des initiatives pour leur faire découvrir ces pratiques. Je vous présente ici deux exemples :

La galerie tactile du musée du Louvre

La galerie tactile du musée du Louvre est un espace dédié où sont mises à disposition des moulures de statue qui peuvent être manipulées ou du moins toucher. L’une des statues est en marbre et donne un toucher encore plus réaliste des œuvres. Cet espace est accessible à tous lors des visites du Louvre (reste à la trouver dans l’immensité du musée). Je trouve que ça doit être reposant avec des enfants, pour relâcher la pression sur le ‘ne pas toucher’.

D’autres initiatives de ce type existent et le but n’est pas de les recenser toutes ici. Je t’invite à consulter,  pour avoir quelques adresses en régions, le site Invisible art. Et si tu veux ajouter d’autres initiatives, tu peux les mettre en commentaire.

Le street art de ‘The blind’

The Blind (l’aveugle en français) n’est pas aveugle. Par contre, il crée du street art dans lequel il incorpore des messages en braille. Avec des sphères qu’il appose sur les murs, il délivre un message incompréhensible pour la majorité des personnes (celles qui ne connaissent pas le braille). Une démarche très astucieuse pour délivrer un message revendicatif ou drôle. Il allie l’aspect esthétique à ses projets pour des rendus bluffants.

street art the bling aveugle

2 – Bien choisir ses expositions

Il ne faut pas croire que les expositions sont toutes restrictives quand il s’agit de les toucher.

Encore plus que toucher : prendre et emporter de l’art chez soi

A l’exposition ‘Take me (I’m Yours)’ au musée de la Monnaie, il était possible de repartir avec un fragment de l’exposition. C’était même le principe ! Assez déstabilisant comme idée. Je n’y suis pas allée et c’est raté pour toi aussi puisque c’est fini. Si ça t’intéresse tu peux néanmoins lire le récit de Julien qui a discuté avec les œuvres sur place.

L’idée d’emporter avec soi un petit morceau d’une exposition n’est d’ailleurs par nouvelle. L’artiste Felix Gonzalez-Torres (dont j’ai déjà parlé ici pour son approche de la notion du temps) a créé des installations telles que des tas de bonbons dans lequel chacun peut se servir, pour illustrer par exemple la propagation des virus.

gonzales torres bonbons

(crédit photo : MOMA New York)

L’exposition ‘prière de toucher’ du musée Tinguely

Le musée Tinguely présente, jusqu’au 16 mai 2016, une exposition dénommée ‘prière de toucher’ et sous-titrée ‘l’art du tactile’. Alors, je ne vous fais pas un dessin, c’est là qu’il faut aller pour toucher de l’art au travers d’une diversité de projets. Il t’est promis un parcours multisensoriel et ça fait presque rêver.

3 – Remonter le temps

A la renaissance, et jusqu’au 18ème, l’appréciation des œuvres d’art passe par le toucher. Les cabinets de curiosité regroupent des objets et œuvres hétéroclites. Les collectionneurs autorisent leurs visiteurs à entrer en contact avec ses objets.

La gravure ci-dessous illustre le peu de précaution dont faisaient preuve les personnes présentes. Les tableaux sont manipulés par un monsieur au premier plan qui les retient avec un pied. Les feuilles virevoltent, elles sont manipulées sans gants, certaines sont même à terre.

cabinet_curiosité

La culture du ‘ne pas toucher’ n’est pas si ancienne. Elle est profondément liée au souci de préservation dans le temps des œuvres.

4 – Miser sur la technologie

D’accord, remonter le temps, ce n’est pas le plus facile. Alors à l’inverse, avançons dans le temps. La réalité augmentée, permet de vivre des expériences qui dépassent ce qu’on peut imaginer dans tous les domaines.

Bientôt, allongé chez toi, dans ton salon, tu pourras te sentir sur une plage sous les cocotiers, les pieds dans l’eau, et le soleil chauffant doucement ton corps (musclé, évidemment). Les applications de cette nouvelle technologie n’ont pas de limite. Pour l’instant, l’art augmenté en est à ses balbutiements, mais des initiatives existent déjà :

Google, avec son Google Art Project propose des visites 3D et HD des musées et/ou des œuvres d’art. Il doit y avoir dans les cartons d’autres projets et idées sur ce thème.

5 – Créer de l’art (ou en posséder)

L’interdiction de toucher l’art dans les musées repose surtout sur le nombre de frottements et de manipulations lié au nombre de visiteurs. Mais si tu achètes un tableau ou une sculpture, pour ton chez toi, personne ne sera là pour t’empêcher de le toucher.

Je crée des tableaux qui laissent apparaître du relief. Et le premier réflexe de mes proches en les voyant, c’est de vouloir les toucher. Et ça me fait plaisir que mes tableaux aient ce contact avec des êtres humains. L’effet ‘relief’ est réussi, rien que pour cet instant. Pour cette main tendue qui se demande si c’est plutôt moelleux ou dur, velouté et chaleureux ou bien, lisse et froid.

dichrome bleu elize

Certains -Kandinsky par exemple, mais il n’est pas le seul- développent l’idée que l’art entre en résonance avec l’âme, directement. Nous aimons ou nous n’aimons pas, sans que cela passe par notre conscience ou notre réflexion. La théorie et l’histoire d’une œuvre conforte cette impression, mais l’innée intervient en premier lieu. Et cette intuition de l’art parle à la personne dans son intégrité. Alors – quand ce n’est pas interdit- pourquoi se limiter à la vue face à un tableau ?

Et toi, comment fais-tu pour ‘toucher de l’art’?


Pour compléter les liens déjà présents dans l’article

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