Comment fixer le prix de vente d’un tableau [méthode cartésienne]

Je propose dans cet article d’évaluer le prix de vente d’un tableau de manière ‘cartésienne’. Ce prix s’attachera à assurer un niveau de rémunération cible (fixé comme point de départ) à l’artiste. Il ne sera pas du tout question de côté artistique. Car rien n’empêche d’imaginer le travail de l’artiste en le rapprochant de l’artisan.

Les artistes peintres, selon la législation sont des travailleurs indépendants. Partant de ce principe, et pour en découdre avec le fameux mythe de l’artiste bohème, je tente de rationaliser le prix d’une œuvre d’art. L’exercice suppose un certain nombre d’hypothèses que j’exposerai au fur et à mesure.

Cette réflexion théorique pourrait casser certains préjugés :

  • Pour ceux qui croient que les artistes se la coulent douce et peignent seulement une œuvre dans l’année, vendue hors de prix.
  • Pour ceux qui croient que le métier d’artiste n’est pas possible, sans rien vendre en dessous de 10 000€.

1 – Fixer l’objectif de revenu

A partir de quel seuil peut-on considérer que la vente de l’art permette d’en vivre ? Je fixe un niveau de 2000€ mensuels.

Ce montant peut paraître ambitieux. Ce chiffre reste une cible. Une fois qu’elle est atteinte, elle peut être ré-évaluée.

Cette somme me semble réaliste, sans exagération pour un travail manuel à forte valeur ajoutée. L’idée est de ne pas tomber dans l’exagération en visant une rémunération à plusieurs centaines de milliers d’euros annuels.

Partant de cet objectif, le calcul est assez simple. Ce revenu net est la différence entre les frais et le prix des ventes.

2 – Évaluer les frais

Les frais fixes

Commençons par identifier tous les frais fixes.

Ce poste inclut le  loyer y compris électricité, eau, télécommunications. Dans le cas où le studio est à domicile, les frais fixes ne sont pas très élevés, car ils sont noyés dans les charges du foyer.

S’ajoutent d’éventuels frais de communication. J’entends par là des publications, l’édition de cartes de visite ou de flyers. Le blog, les réseaux sociaux sont des moyens de se faire connaître sans investissement majeur. La tenue d’une boutique en ligne peut être réalisée pour des coûts à évaluer.

La participation à des salons ou des foires est également à évaluer au regard de leur coût. Le gain n’est pas garanti. Par conséquent, j’ai, pour ma part, du mal à payer 500, 800 ou même plus de 1000 euros sans que les organisateurs ne s’engagent à rien sur les ventes (clairement, quand ils ne prennent pas de commission, ils n’ont pas de raison d’être motivés).

Il ne faut pas oublier l’assurance professionnelle.

Pour toute petite société, les frais fixes peuvent ‘plomber’ une trésorerie et la mettre en difficulté. Aussi, avant de s’engager, il vaut mieux s’assurer que des revenus minimaux les couvriront. Pour commencer l’activité d’artiste, les frais fixes peuvent être réduits, afin d’assurer la pérennité du projet.

Pour faire simple, je mets un forfait à 100€ mensuels pour ces frais (je prends l’option de les limiter au maximum).

Les frais variables

Les frais variables dépendent du volume des ventes. Il s’agit, en grande partie, du matériel et des fournitures. Plus tu peins, plus tu utilises de la peinture et des toiles, c’est assez logique. Il convient de compter également le matériel pour protéger les toiles, le vernis et l’emballage.

Les frais d’expédition des commandes entrent dans cette catégorie.

La Maison des Artistes prélève des cotisations sur les ventes réalisées par les artistes. Je passe sur les détails, mais au global, ces frais sont de l’ordre de 11%.

En partant résultat connu de 2 000 € net par mois, j’évalue le coût en matériel et fournitures à 300 € (c’est une approximation, mais ça peut aussi servir de limite à ne pas dépasser sur le budget) et les cotisations mensuelles s’élèveront environ à 300 € (11% de 2 700€).

En somme, pour toucher 2 000€ net, il faut compter un total de 700 € de charges (100€ frais fixes, 600 € de frais variables).

Nous savons maintenant quel chiffre d’affaires (montant total des ventes) nous devons réaliser : 2 700€.

yes dollar yen euros monnaie tableau peinture

Hypothèse de la vente directe

Je reste ici dans le cas de vente directe, sans intermédiaire à rétribuer (ni galerie ou autre), dans l’idée de ne pas complexifier la démonstration. Sinon, il faut prendre en compte la commission sur les ventes. Ce poste n’est alors pas négligeable puisqu’en général les commissions des galeries sont de l’ordre de 50% sur les ventes réalisées. Dans ce cas de figure, le prix des ventes sera fortement augmenté.

3 – Construire son offre pour atteindre le chiffre d’affaire

Pour faire rentrer 2 700€, il faut produire les tableaux. Oui, il serait imaginable de vendre un tableau à 2 700€.  Mais nous ne retenons pas cette hypothèse.

Toujours dans un but de simplification de notre cas théorique, nous supposons que les différences de prix sont donc directement liées à la surface du tableau. Nous nous basons sur le même principe que pour un appartement, le prix à la surface évolue en fonction de la surface de manière non linéaire.

Je simplifie, je fais court et je schématise.

Nous pouvons imaginer une répartition des ventes de cette manière :

  • 1 tableau à 500€ (dimensions 100 x 100 cm)
  • 2 tableaux à 200€ (dimensions 50 x 50 cm)
  • 10 tableaux à 100€ (dimensions 25 x 25 cm)
  • 20 tableaux à 50€ (dimensions 15 x 15 cm)

Je pars du principe qu’il est plus aisé de vendre plusieurs petits tableaux qu’un grand plus cher. Les formats sont un mode de diversification parmi d’autres, on pourrait envisager la vente de produits dérivés, la rémunération pour des cours, les prix à des concours etc.

Voilà défini l’objectif mensuel de création. En effet, pour pouvoir vendre cette quantité, il faut être capable de la produire.

Dans le cas où ce rythme de création n’est pas possible, la solution est d’augmenter le prix de vente des tableaux.

Que penses-tu de cette approche pour fixer le prix de vente d’un tableau ? D’après toi, les méthodes de l’entreprise peuvent-elles s’appliquer à l’artiste ?


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6 Comments

  1. Bonjour Elize,
    Je fais moi aussi quelques tableaux mais seulement pour offrir pour le moment. Mais je me demandais combien ils pourraient être vendus… C’est comme ça que je suis arrivée sur ton site.
    J’aime beaucoup ton approche cartésienne du calcul du prix de vente. Je pense que cela donne un prix correcte à une oeuvre quand son auteur n’a pas particulièrement de notoriété. Et je suis d’accord avec l’idée qu’un artiste doit pouvoir vivre correctement de son travail, ce qui est encore difficile aujourd’hui.
    Bonne continuation!

  2. Pingback: Conclusion – TPE – L'argent – Marché de l'art

  3. Sherin

    il me paraît difficile pour un artiste de produire autant de tableaux (33) en un mois, à moins d’industrialiser le processus de création !!
    bravo pour cette approche cartésienne qui donne à réfléchir …

    • Bonjour Sherin, je confirme, ce n’est pas tenable. Surtout qu’il peut se créer une forme de lassitude par rapport à ce qui « doit » être produit. Mais effectivement, il faut effectuer ces calculs pour identifier ce qu’il est raisonnable de payer à un artiste, surtout si l’on s’imagine qu’il vit de son art.

  4. Jean Pierre Baudry

    bonjour je me présente je suis jean pierre Baudry de Compiègne je suis pas un artiste peintre comme vous ,je voudrais bien votre avis sur les quelque tableaux que j’ai fais si vous voulez bien-sur . je vous envois mes photos de mes tableaux ,j’attend votre avis je vous pris de croire a mes salutation distingué .

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